11 janvier 2026
Baptême de Jésus, année a
Mt 3, 13-17
L'Évangile du jour de l'Épiphanie a fait naître en nous la même question qui a mis les mages en route : « Où est celui qui est né ? » (Mt 2, 2). Puisque Jésus est né à Bethléem (Mt 2, 1), les mages peuvent se poser cette question, ils peuvent commencer leur recherche. Si Jésus n'était pas né, si Dieu n'était pas venu parmi nous, cette question n'aurait aucun sens, elle resterait sans réponse : il serait inutile de se la poser.
Mais Dieu est vraiment l'Emmanuel, Dieu avec nous, et dans l'Évangile d'aujourd'hui (Mt 3, 13-17), nous pouvons commencer à trouver une réponse à cette question : où est celui qui est né ?
Le récit s'ouvre sur un geste surprenant : « Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui.» (Mt 3, 13). Jésus descend de Galilée au Jourdain, il descend parmi les pécheurs, il descend dans les eaux qui portent le poids du péché et des conversions des autres. C'est un mouvement qui n'a rien de spectaculaire : c'est un mouvement de solidarité silencieuse. Il descend au Jourdain sans bruit. Il n'apporte rien à montrer, rien à revendiquer : il n'apporte que lui-même, livré au Père et solidaire de l'humanité. C'est un Dieu qui ne se soustrait pas aux eaux que les autres ont alourdies, c'est un Dieu qui entre là où nous sommes.
Voici donc tout d'abord où se trouve Celui qui est né : le Fils se laisse conduire là où le Père le veut.
Jean ne comprend pas ce qui se passe (« C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ? » - Mt 3,14) : c'est quelque chose qui bouleverse complètement sa logique religieuse et rigoureuse. Selon lui, Dieu ne devrait pas être là. La réponse de Jésus est simplement celle-ci : « Laisse faire pour le moment » (Mt 3,15). C'est une parole qui ne force pas, n'impose pas, n'explique pas tout, ne résout rien : elle demande seulement de l'espace, elle laisse la réponse ouverte.
Cette réponse, « laisse faire », est une réponse importante : il ne s'agit pas de faire plus, de faire mieux, mais de laisser faire, de laisser Dieu faire en nous ce qu'il désire, c'est-à-dire des enfants, aimés comme est aimé le Fils en qui il se complaît (Mt 3,17).
Lorsque Jésus atteint le point le plus bas (le lieu du baptême est le point le plus bas de la terre), le ciel s'ouvre (Mt 3,16). Il ne s'ouvre pas lorsqu'il accomplit un geste extraordinaire, mais lorsqu'il descend, lorsqu'il se laisse conduire.
À ce moment-là, deux choses se produisent : Jésus voit l'Esprit descendre sur lui (Mt 3,16) et entend ensuite la voix du Père qui le déclare son Fils bien-aimé (« il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » (Mt 3, 16-17).
Nous ne trouvons plus seulement Jésus. Avec lui, nous trouvons le Père et l'Esprit, eux aussi engagés dans le même mouvement de descente : l'Esprit descend et la voix du Père descend.
Une autre chose doit être notée : l'Esprit descend après que Jésus soit entré dans les eaux. Pas avant ! Il ne descend pas pour le convaincre ni même pour le soutenir, mais il descend en réponse à son abaissement, solidaire comme Lui et avec Lui. L'Esprit manifeste ce qu'est Jésus : le Fils qui descend dans les abîmes de l'humanité, le Fils qui vit dans une obéissance totale au Père, un Fils qui laisse faire.
L'Esprit descend comme une colombe (Mt 3,16) : il ne s'agit pas d'un symbole décoratif, mais d'une manière de dire que Dieu n'envahit pas et ne submerge pas. L'Esprit est doux, il ne descend que là où il trouve de la place, et il ne reste que là où il y a de la confiance. Dieu est communion qui se donne, non force qui s'impose.
Le ciel s'ouvre enfin pour que le Père puisse dire une parole sur le Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma joie » (Mt 3, 17).
La voix du Père traverse les cieux et descend non pas pour donner un ordre, mais pour donner une identité. Elle ne dit pas ce que Jésus doit faire, mais qui il est. Et elle le dit en deux mots qui sont au cœur de toute la révélation : Fils et Bien-aimé. Ces deux mots précèdent tout geste public, tout miracle, toute prédication, car l'identité précède la mission, car l'amour précède l'action.
De là, Jésus pourra partir pour apporter à tous cet amour même dont le Père l'a aimé.
Pour nous aussi, c'est un point décisif : la vie chrétienne ne naît pas d'une obligation, mais d'une voix qui nous appelle, nous qui sommes aimés. Tout le reste n'est qu'une réponse. La mission naît de là : d'une identité reçue, non conquise.
+ Pierbattista

