15 février 2025
VI Dimanche du Temps Ordinaire, année A
Mt 5,17-37
L’intégralité du Discours sur la Montagne est traversée par un thème important que nous adopterons comme clé de lecture du passage de l’Evangile d’aujourd’hui (Mt 5,17-37) : le thème du mal.
Cette dimension est plus présente qu’il n’y paraît à la première lecture. Nous la trouvons déjà dans les Béatitudes, où il est fait mention de persécutions et d'injures (Mt 5,11-12).
Nous retrouvons également ce thème dans le passage d’aujourd’hui qui évoque les relations blessées, l’adultère, le scandale et les faux serments (Mt 5, 23-36).
La question du mal demeure présente dans la suite du discours : nous l’entendons résonner à la fin du Notre Père, lorsque nous demandons précisément à en être délivrés (Mt 6,13). Elle apparaît encore au début du chapitre sept, à travers l’image de la paille et de la poutre, qui nous empêchent de voir avec justesse au-delà de nous-mêmes (Mt 7,1-5).
Jésus parle ensuite de la perdition (Mt 7,13), des faux prophètes comparés à des loups voraces (Mt 7,15), de l’arbre pourri qui donne de mauvais fruits (Mt 7,17-19), des ouvriers d’iniquité (Mt 7,23). Le long discours de Jésus se termine par des images de destruction “ La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet” (Mt 7,27).
Le thème du mal n’est pas secondaire dans l’enseignement de Jésus. La vie nouvelle inaugurée par l’avènement du Royaume de Dieu doit composer avec cette dimension qui nous concerne tous afin que nous puissions l’affronter et le vaincre.
Jésus n’est pas venu abolir la Loi ou les Prophètes mais pour l’accomplir. La Loi a été donnée à Israël pour préserver la vie et les relations essentielles qui la soutiennent : d’abord la relation avec Dieu, et de là découle la relation entre les hommes. Jésus ne vient pas abolir la Loi. Il rappelle à plusieurs reprises que l’observance extérieure, seule, ne suffit pas et reste sans effet. Il nous appelle à une justice plus profonde, capable de reconnaître le mal là où il prend racine, afin de le combattre dès maintenant, avant qu’il n’envahisse notre cœur. Comme il le dit : “ Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux” (Mt 5 : 20).
Dans les antithèses – “Vous avez entendu qu’il a été dit… mais moi, je vous dis…” – que l’on retrouve à plusieurs reprises dans ce passage, Jésus reprend les commandements qui guident la vie entre les personnes et montre ce qui arrive lorsque le mal reste libre dans le cœur : le meurtre naît de la colère, l'adultère du regard qui possède, le mensonge de la parole qui manipule.
Le mal prend racine à partir de petites choses, presque invisibles : un élan de colère, un regard, un mot… et c’est ainsi qu’il commence à s’installer dans le cœur. Puis le mal grandit, jusqu’à briser ce que l’homme a de plus précieux : ses relations. Et, en grandissant, il transforme tout : l’autre devient un simple objet, la parole un instrument pour manipuler.
Ainsi, la Loi cesse d’être le moyen qui préserve la relation avec Dieu et avec les autres, et devient seulement une règle à observer pour se sentir en paix.
Jésus comme toujours ne se contente pas de révéler le mal. Il apporte la lumière, Il ouvre un chemin de guérison et de salut.
Il ne combat pas le mal depuis l’extérieur, mais à sa racine, dans le cœur. Accomplir la Loi et les Prophètes, c’est recevoir un cœur nouveau (Ez 36), capable d’observer la Loi non par formalisme, mais par amour et en pleine liberté.
Pour cela, Jésus montre la voie par de simples paroles : “ Eh bien ! moi, je vous dis” (Mt 5, 22;28;31).
Il ne s’agit pas d’un commandement plus exigeant, mais d’une invitation à revenir à la source : là où l’homme retrouve l’écoute de la vérité à laquelle il est appelé, la vérité du projet originel que Dieu a sur lui et que les Béatitudes révèlent à nouveau.
Et il revient alors à choisir la beauté des relations sincères, des paroles vraies, d’un cœur humble et uni.
+ Pierbattista

