Le 15 avril 2018
III Dimanche de Pâques, Année B
La reconnaissance du Seigneur ressuscité par les disciples n’est jamais un évènement immédiat et encore moins une évidence. En effet, dans chacun des récits des apparitions du ressuscité nous pouvons voir que les compagnons de Jésus peinent vraiment à reconnaître que l’homme qui se trouve devant eux est véritablement ce Jésus avec lequel ils ont vécu et en qui ils ont cru.
Le passage de l’Evangile d’aujourd’hui (Lc 24,35-48) ne fait pas exception. Luc précise même qu’ils étaient « saisis de frayeur et de crainte », allant jusqu’à penser « voir un esprit » (Lc 24,37). Et Jésus doit alors les rassurer et les reprendre : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? » (Lc 24,38).
Le passage d’aujourd’hui nous aide à comprendre quelle est la véritable difficulté que rencontrent les disciples : ils pensent voir un fantôme, c’est-à-dire un esprit, et non une vraie personne en chair et en os. Et Jésus les rassure précisément sur cet aspect : « Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai » (Lc 24,39).
Les disciples se retrouvent face à la difficulté de ne pas réussir à concevoir que Jésus puisse être vrai et réel. Ils pensent que tout ce qui passe à travers la mort appartient désormais à un monde évanescent, fait de souvenirs et de nostalgie, mais plus au monde de notre vie. Tout ce qui passe à travers la mort ne peut plus faire partie de notre expérience réelle et ordinaire.
Mais c’est justement tout le contraire. Il n’y a rien de plus vrai, de plus réel, de plus certain, que ce qui est passé à travers la mort et qui en est sorti vivant. C’est précisément parce qu’Il est mort et ressuscité, que Jésus appartient définitivement à la vie au sens plénier. Il a vaincu la mort et désormais la mort n’a plus de pouvoir sur Lui : Sa vie est une vie véritable.
Pour comprendre cela, les disciples ont besoin d’être aidés en faisant un passage, un saut de foi. Mais ce saut de foi n’est pas en leurs capacités propres. Ce sera Jésus même qui les aidera à comprendre ce passage. Et Il le fera de deux façons : la première est celle de manger devant eux (Lc 24,42-43). Jésus fait alors la chose la plus normale, et en un certain sens, la plus humaine que l’on puisse faire. Jésus n’est donc plus un fantôme, mais Il demeure un homme, un homme véritable, comme nous. En Lui se trouve toute notre humanité.
Mais une fois cette étape franchie, Jésus les conduit au-delà et ouvreleur esprit à l’intelligence des Ecritures. Le verbe ouvrir, dans les Evangiles, se revêt toujours d’un sens thérapeutique et est toujours employé pour les miracles dans lesquels Jésus redonne la vue aux aveugles ou l’ouïe aux sourds. Ici aussi Jésus guérit les siens. Et il les guérit de leur incapacité à comprendre l’Ecriture et à relire l’histoire du salut. Il les conduit à voir que le style de la Pâques constitue l’âme véritable de l’Alliance entre Dieu et son peuple : c’est le style de Dieu. Jésus fait dialoguer le vécu des disciples avec l’histoire du salut. C’est ainsi que l’intelligence s’ouvre.
Mais cela ne suffit pas. Il ne suffit pas que les disciples perçoivent que tout n’est pas terminé et que tout n’a pas été un échec. Ils doivent également comprendre que, maintenant, tout commence pour eux. Ils doivent comprendre que la Pâques de Jésus, accomplissement des Écritures, constitue pour eux un nouveau départ : « la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins » (Lc 24,47).
Il nous semble important de souligner deux éléments de ce verset.
Le premier est le binôme conversion-pardondes péchés.
Celui-ci reviendra également dans la prédication des apôtres : après la guérison de l’impotent, Pierre dira à la foule qui le regardait ébahie : « Dieu a ainsi accompli ce qu’Il avait annoncé d’avance par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait. Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés » (Ac 3,18-19).
Et un peu plus loin, devant le sanhédrin, il répétera la même chose : « c’est lui que Dieu a exalté par sa droite, le faisant Chef et Sauveur, afin d’accorder par lui à Israël la repentance et la rémission des péchés. Nous sommes témoins de ces choses, nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent »(Ac 5,31-32).
Cela signifie que Pierre, et avec lui les autres disciples, ont bien compris le caractère fondamental de ce binôme. Ils ont saisi que le pardon est la clé pour comprendre les Écritures et que, pour accéder au pardon, il était nécessaire de se convertir, nécessaire de changer de mentalité.
Dans les Evangiles, la conversionne signifie pas la perfection moraleet ne correspond pas à une condition dans laquelle on ne pècherait plus. La conversion est ce changement de mentalité qui nous fait reconnaitre notre péché, et donc notre refus d’accueillir le Seigneur. La conversion est ce qui fait de nous des mendiants du pardon. Elle est donc notre ouverture de cœur au pardon du Seigneur. Les disciples sont témoins de cela et non d’autre chose : ils sont témoins que, dans le Seigneur ressuscité, cette possibilité de conversion et de pardon s’étend à tous. La conversion est pour tous.
Elle est pour tous, mais « en commençant par Jérusalem » (Lc 24,47). Ceci est la seconde chose interessante de ce verset.
Jésus affirme que la conversion et le pardon seront proclamés à toutes les nations. Pour désigner les « nations », l’évangéliste Luc utilise un terme grec qui s’emploie uniquement pour les peuples païens.
Il est donc possible de dire que l’invitation de Jésus résonne ainsi : « allez parmi les nations païennes, en commençant par la nation païenne qui est à Jérusalem » ! Le premier peuple païen à évangéliser est toujours nous-même. C’est notre famille, nos proches, notre ville. Les païens ne sont pas les autres mais nous.
C’est à nous que Pâques veut offrir la conversion pour le pardon des péchés.
+Pierbattista
