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Méditation du Patriarche Pizzaballa: VII Dimanche de Pâques, année B

13 mai 2018 

VII Dimanche de Pâques, année B 

Nous arrivons au terme du temps Pascal et la liturgie de ce jour nous donne de lire un passage du chapitre 17 de l’Evangile selon Saint Jean. Ce chapitre fait partie des discours d’adieu, mais il diffère des précédents sur un point particulier : Jésus cesse de parler avec les disciples et s’adresse maintenant directement au Père, dans une longue et intime prière. 

Dans les versets que nous lisons aujourd’hui (Jn 17,11b-19), Jésus prie le Père pour les disciples. Il sait que l’heure est arrivée pour lui de les laisser et il les remet à Celui qui les lui avait confiés. 

Qu’est-ce-que demande Jésus ? 

Fondamentalement, Jésus demande deux choses. Et ces deux choses correspondent à deux impératifs que nous trouvons aux verset 11 et 17 : « garde-les » et « sanctifie-les ». 

Commençons par le premier : « garde-les ». 

Jésus connait ses disciples et sait qu’ils ont besoin d’être gardés. 

Ils continuent à vivre dans le monde (v.15-16) et ne peuvent, à eux seuls, vaincre le Mauvais (v.15). Il leur faut un refuge sûr, dans lequel ils ne cessent pas d’être une seule chose (v.11). 

Mais quel est ce refuge sûr ? 

Pour Jésus il n’y a pas de refuge sûr sinon dans le nom du Père. Dans l’Ecriture, le nom exprime l’identité de la personne, son appartenance et son unité. Le nom de Dieu est la vérité de Dieu même, et c’est pour cette raison qu’il était imprononçable. Jésus prie donc afin que ses disciples soient gardés dans leur union avec Dieu le Père. 

Cela signifie qu’un homme est gardé à partir du moment où il a un Père. A partir du moment où sa vie, au plus profond, a trouvé cette origine de laquelle elle sait venir, à laquelle elle sait pouvoir retourner, vers laquelle elle sait pouvoir se diriger, de laquelle elle se sait accueillie et aimée. Et une vie est gardée lorsque cette présence est ferme et sûre ; lorsqu’elle lui est intégrée et qu’elle revêt un nom connu qu’elle peut prononcer toujours et sans peur. Ce nom est similaire à une forteresse, comme tant de psaumes aiment à le répéter. 

Jésus lui-même débute sa prière en appelant Dieu avec le nom de Père. Et dans notre chapitre il le répète quatre fois. Mais combien de fois cette parole est revenue sur ses lèvres au cours de cet Evangile… 

De plus, Jésus relie directement ce refuge dans le nom du Père avec l’unité intrinsèque des disciples. En effet, il y a une relation étroite entre ces deux réalités. Et encore plus, il y a une dépendance de l’une envers l’autre. C’est seulement si les disciples demeurent dans le nom du Père, qu’ils pourront être gardés dans l’unité. Au contraire, si chacun se disperse dans son propre nom, si chacun se fait un nom particulier (cf. Gn 11,4 : l’épisode de la tour de Babel « Faisons-nous un nom pour ne pas être dispersés sur toute la terre »), alors toute forme et même toute possibilité d’unité et de fraternité s’amenuise. L’Eglise s’amenuise. 

Le second élément que Jésus demande est que les disciples soient consacrés, sanctifiés. 

Le contenu de ces versets est assez exigeant : « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité » (Jn 17,17-19). 

Pour comprendre un peu mieux cela, faisons un pas en arrière. Au verset 36 du chapitre 10 de l’Evangile selon Saint Jean, nous trouvons une expression similaire : « à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites… ». 

Dans les deux passages on trouve un lien entre consécration et envoi. Jésus a été consacré par le Père et, à ce titre, il est devenu dans le monde le lieu de Sa Présence, la manifestation de Son Nom. Il a été consacré pour être envoyé dans le monde. Et il l’est, non pas en son propre nom, mais comme porteur d’une présence qui, aujourd’hui, nous habite et à laquelle nous appartenons. 

Ainsi les disciples sont appelés à une vocation spéciale et sainte : celle d’écouter la Parole de Vérité. Jésus leur a donné la Parole du Père (Jn 17,14) et c’est cela qui les a séparés du monde. 

Mais ils sont séparés du monde pour y être envoyés de nouveau, comme annonciateurs de l’Evangile. 

Les chrétiens sont donc porteurs d’une parole nouvelle, une parole paradoxale et unique, une parole bien différente de la logique du monde, qui d’ailleurs ne les reconnait pas comme siens. Cette Parole est l’unique vraie parole : elle est la Vérité même. 

C’est cette Parole qui créé le lien entre le Père et le Fils, tout comme entre Jésus et les siens. 

Ainsi Jésus prie afin que les disciples soient consacrés, sanctifiés en cette parole vraie, qui fait d’eux des personnes nouvelles. Ils ne sont plus des personnes qui vivent pour elles-mêmes, mais qui sont envoyées au monde (Jn 17,18) pour annoncer qu’il existe une Parole vraie pour tous ; pour annoncer qu’il y a une refuge sûr et que ce refuge sûr est le nom du Père. 

Alors Jésus prie pour pour ces deux raisons. Il ne prie pas seulement afin que les disciples soient gardés, afin qu’ils aient une vie sûre dans les mains et dans le nom du Père. Il prie aussi pour que, à partir de cette sécurité, ils puissent être envoyés au monde, à nos frères, et porter en tout lieu la grâce, dont nous sommes gratuitement les bénéficiaires. 

+Pierbattista