27 mai 2018
Solennité de la Sainte Trinité, année B
Lors de la méditation de l’Evangile de cette fête de la Sainte Trinité, nous pouvons nous arrêter sur deux mots très courts : deux prépositions simples.
La première est la préposition « dans » (que la traduction liturgique française rend par « au »), que nous trouvons au verset 19 : « Baptisez les dans le nom du Père… ».
La seconde est la préposition « avec », que nous trouvons à la fin de notre passage d’aujourd’hui, au verset 20 : « Je suis avec vous… ».
C’est à travers ces deux petits mots que nous entrons dans la célébration d’aujourd’hui et que nous pouvons contempler la vie nouvelle que Jésus a apporté sur la terre, et qui se vit avant tout à l’intérieur des relations trinitaires.
Jésus rencontre ses disciples en Galilée, après la résurrection. Là Il les quitte pour retourner dans la gloire du Père. Mais Il ne le fait pas avant de les avoir envoyés et leur avoir donné une mission tout à fait nouvelle : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les dans le nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit » (Mt 28,18-19).
La mission se revêt d’un aspect paradoxal : Jésus a devant lui onze personnes, onze personnes très simples et certainement illettrées pour la plupart. Et pourtant, Il les envoie dans le monde entier pour annoncer la foi à tous les peuples. Il y a une disproportion flagrante entre la pauvreté des envoyés et l’immensité de la mission.
Mais le paradoxe n’est seulement celui-là.
Le paradoxe est que cette nouvelle foi n’est pas une nouvelle éthique, ni même une nouvelle loi à observer, mais elle consiste à être immergée (ce que signifie baptiser) dans la vie d’un autre, dans la vie de Dieu.
Qu’est ce que cela signifie ?
Le temps pascal, qui a pris fin avec la Pentecôte, nous a fait lire les chapitres 15 à 17 de l’Evangile selon Saint Jean. Et c’est là que, plusieurs fois, Jésus a utilisé cette image du vivre l’un en l’autre : Le sarment dans la vigne, Jésus dans le Père, nous en Lui.
La vie ancienne est une vie dans laquelle chacun demeure en lui-même, enfermé dans ses propres solitudes et dans sa propre individualité. Bien sûr, il est encore possible de faire de bonnes choses, d’avoir des intuitions profondes ; mais, en définitive, on en reste aux limites de son propre moi.
La vie nouvelle, au contraire, est une vie des uns dans les autres. C’est une vie qui créé un sens d’appartenance réciproque si profond, que les uns ne peuvent pas vivre sans les autres. La vie de l’un devient la vie de l’autre.
Pour nous, ce peut être une image assez lointaine, puisque dans notre expérience nous sommes habitués à vivre les uns à côté des autres et même parfois les uns contre les autres.
Mais le baptême nous plonge au cœur de cette expérience totalement nouvelle, que nous ne pouvons pas nous donner à nous-mêmes. Cette nouveauté que l’Esprit accomplit en nous est un fruit de Pâques, une sorte de nouvelle création.
C’est l’expérience de ne pouvoir se retrouver soi même que dans la relation à l’autre.
Cependant, même cela n’épuise pas la portée paradoxale de ce verset. La vie, dans laquelle tous les peuples pourront être immergés, est la relation de 3 personnes ; c’est-à-dire l’amour avec lequel ils s’aiment. La vie nouvelle consistera dans l’immersion de notre être dans cet amour et dans cette vie. Ce sera le fait de vivre dans leur espace, dans leur amour, dans leurs propres pensées, en eux. Ce sera le fait de vivre dans la relation du Père avec le Fils et avec l’Esprit.
Nous en venons maintenant à la seconde préposition : avec.
La vie nouvelle, dans laquelle nous serons immergés, est une vie avec.
Avec est la préposition que l’on trouve devant tous les mots qui signifient la compagnie, la communion, le partage… ; c’est la préposition qui traduit un mode de vivre selon lequel la personne n’est pas seule.
La vie dans laquelle nous sommes immergés, et dans laquelle nous vivons, est une vie de communion et d’amour.
Dieu refuse d’être séparé et, pour cela, Il choisit toujours l’unité.
Il vit la communion à l’intérieur de ses propres relations, comme à l’extérieur, avec la création. Il reste donc en permanente communion avec cette création.
L’Incarnation est le fruit de ce style et de ce mode d’être, qui lui est propre. Ce dernier le porte à être le Dieu avec nous.
C’est pourquoi la Pentecôte est, en définitive, l’unique manière possible pour Dieu de rester avec nous.
Lorsque nous sommes baptisés, c’est dans toute cette vie nouvelle que nous sommes immergés. C’est tout cela que recevons comme don le jour de notre baptême. Ce don devra ensuite fleurir dans notre vie à travers les nombreuses Pentecôtes qui nous serons données de vivre.
L’unique chose qui nous est demandée est de rejeter loin de nous toute manière de penser la vie en termes absolus de contrôle, de défense et de sauvegarde des frontières de notre moi.
Tout cela nous permettra d’accueillir notre condition d’êtres consacrés dans l’unité et dans l’amour. Et seule cette condition constitue la vie véritable.
+Pierbattista
