10 mai 2020
V Dimanche de Pâques, année A
Le passage de l'Evangile que nous lisons en ce cinquième dimanche de Pâques (Jn 14, 1-12) ouvre un long discours de Jésus, que l'on appelle « discours d'adieu ». Nous sommes après le récit du dernier repas et Jésus parle avec ses disciples du sens de sa mort, de son départ, maintenant imminent.
Pour entrer dans le cœur de ce discours, je voudrais partir d'une réflexion générale sur l'expérience du deuil : lorsque nous sommes confrontés à la souffrance causée par la mort d'un être cher, nous avons besoin de temps pour élaborer cet événement. Et je crois que deux moments sont nécessaires : le premier est plus marqué par la douleur, par le vide, par un sentiment de perte, où la question que nous nous posons est comment être dans cette souffrance, sans être écrasé par elle.
La seconde, au contraire, vient plus tard, et concerne la manière de vivre le temps qui s'ouvre à partir de cette absence. Et cela implique une nouvelle élaboration de notre identité : vers quelles nouveautés m'ouvre l'absence de la personne disparue, qu'est-ce que cela implique ? Qu'est-ce que cela génère, qu'est-ce cela promet ?
Les chapitres 14 à 17 de l'Évangile de Jean, que nous commençons à lire aujourd'hui, peuvent également être interprétés à partir de cette expérience.
Jésus quitte les disciples pour retourner vers le Père : alors, que va-t-il leur arriver ? Que vont-ils devenir sans Lui ? Que vont-ils faire ?
Non seulement Jésus répond à ces questions, mais il essaie d'enseigner à ses disciples une nouvelle façon de penser ; il essaie de leur dire que, dorénavant, une nouvelle façon de raisonner, de voir la vie, d'être conscient de la façon dont Il sera présent, va être nécessaire.
Nous trouvons le signe de la nécessité de ce passage dans les versets mêmes que nous avons lus, ainsi que dans les suivants, où nous voyons qu'au contraire les disciples ne comprennent pas : c'est l'objection de Thomas (v.5, « Thomas lui dit : ‘Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ?’ »), puis celle de Philippe (v.8, « Philippe lui dit : ‘Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit’. »). Ces réactions nous montrent combien la pensée des disciples est encore loin de celle de Jésus.
Et la première chose que Jésus dit est de ne pas avoir peur, de ne pas être troublé. La peur est le signe de l’homme ancien, de l'homme qui reste seul, qui doit se sauver par lui-même, avec ses propres forces, de l'homme qui ne vit pas encore d'une relation qui fonde son existence.
Au lieu de cela, on peut ne plus avoir peur. Comment ?
Le départ de Jésus ouvre un temps nouveau, dans lequel non seulement la relation avec lui n'est pas interrompue mais, au contraire, est portée à sa perfection, à sa plénitude.
Son départ devient le chemin d'une vie vraie, celle qui nous est révélée par Jésus et qui consiste en sa relation avec le Père. C'est une relation d'amour, de communion et donc de liberté, dans laquelle chacun d’entre eux révèle l'autre, parle de l'autre, œuvre dans l'autre et rend gloire à l'autre.
C'est la promesse contenue dans le départ de Jésus, dans sa mort. Il va préparer une place, et cette place est le don de la relation avec le Père qui est rendue accessible à tous. C'est une place que l'homme avait perdue à cause du péché, et que Jésus redonne gratuitement, en prenant sur Lui, sur la croix, cette distance dans laquelle l'homme s'était perdu, cette solitude dans laquelle Il avait fini.
La communion avec Lui, que Jésus promet, est une communion totale, un partage de la même vie. Nous le voyons dans la dernière phrase de l'Évangile d'aujourd'hui, lorsque Jésus dit : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais » (Jean 14,12).
Ce qui signifie - il me semble - que nous allons devenir progressivement, de Pâques en Pâques, de plus en plus une seule volonté, une seule intention, et nous allons apprendre à ne demander rien d'autre que ce que nous savons être Sa volonté, parce que Son désir sera aussi devenu le nôtre.
+Pierbattista
