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Méditation du Patriarche Pizzaballa: IIème dimanche de Carême, année B

25 février 2018 

IIème dimanche de Carême, année B 

L’épisode de la Transfiguration fait partie du cheminement vers la compréhension de la vraie mission messianique que Jésus poursuit avec ses disciples. Jésus fait aux disciples, comme nous le dirions aujourd’hui, une catéchèse sur Son messianisme et sur Pâques. Six jours plus tôt (Mc 9,2), Jésus leur avait parlé pour la première fois de la mort sur la croix qu’Il subirait à Jérusalem (Mc 8,31). Il avait aussi clarifié les conditions à remplir pour être un de ses disciples, à sa suite : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mc 8,34). 

Mais Il ne leur parle pas seulement de la croix : la formation serait incomplète. Sur le Tabor, transfiguré et resplendissant de gloire, Jésus parle aussi à ses disciples de la résurrection. Il leur annonce, non par des paroles mais par un évènement lumineux, que la croix a comme résultat final non pas l’échec définitif mais le passage à la gloire, à la vie du Père.  Alors que Sa passion est imminente, Jésus prépare les disciples et Il le fait en leur montrant une anticipation de Sa gloire, pour qu’ils ne demeurent pas scandalisés par la croix. 

Est-ce tout ? Cette catéchèse de Jésus sur Pâques n’offre-t-elle aux disciples  qu’une meilleure compréhension ? Leur évite-elle le scandale, la trahison, le reniement, la fuite la honte ? Le souvenir de l’expérience du Tabor les préservera-t-il de la peur ? Effectivement, non. 

La Transfiguration, tout comme l’annonce de la passion ne sert pas à éviter aux disciples le scandale de la croix, ce n’est pas non plus une expérience aussi forte qui les rendra capables de rester avec Jésus jusqu’à la fin. En dépit des trois annonces de la passion, malgré la Transfiguration, tous les disciples mesurent, sous la croix, leur incapacité à suivre leur maître, et leur état de non-disciple, et ils vont se renier eux-mêmes. Ils trahissent (Mc 14,43), fuient (Mc 14,50) et pour finir, renient (Mc 14,72), comme nous le savons. 

Ceci nous entraîne à deux autres compréhensions. 

La première est que comme ils n’avaient, en réalité, pas compris l’annonce de la passion, de même, à présent, les disciples ne comprennent quasiment rien non plus de l’expérience de la Transfiguration (Mc 9, 6-10), non pas qu’ils soient spécialement bornés mais parce qu’au cœur de la foi vers laquelle les disciples cheminent, il y a quelque chose qui ne peut se comprendre par les seules capacités humaines, quelque chose qui va au-delà des catégories humaines des disciples, dans la compréhension de la vie. Nous ne pouvons pas comprendre la croix, la Pâque, à travers un enseignement, comme s’il s’agissait d’une connaissance ou d’une information à entendre quelques fois pour l’intégrer. Pour comprendre jusqu’au bout la Pâque, les disciples devront au contraire expérimenter leur propre échec, leur propre incompréhension, bien qu’ils aient été en quelques sortes, préparés par les discours de Jésus au cours de son ministère. C’est seulement après avoir pris conscience de leur échec et de leur trahison qu’ils pourront relire le chemin effectué avec Jésus et se rappeler de tout, avec une mémoire neuve, qui change la vie et qui donne la clef des évènements. 

Mais seul l’Esprit Saint pourra accomplir dans les disciples ce passage (Jn 14,26), jusqu’à graver dans leurs cœurs le véritable Visage du Seigneur, crucifié et ressuscité. 

La deuxième compréhension est que la Transfiguration – qui n’a pas servie à soutenir la foi des disciples – est un moment absolument gratuit de la vie de Jésus et de Sa relation avec les siens : Jésus leur montre simplement la vie, Il leur montre que la vie véritable est une humanité revêtue de gloire, habitée par Dieu. Cette Vie est générée et donnée par le Père. 

Et le Père intervient dans cet évènement sur le Tabor pour mettre Son sceau, pour dire que cette vie entière et belle vient seulement de lui. Il n’y a pas de Transfiguration sans le Père car la vie nouvelle qui resplendit en Jésus est la vie des fils : 

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7). 

Lors de la nuit de Pâques, l’Eglise baptisera de nombreux enfants et de nombreux adultes, et génèrera la vie nouvelle des nouveaux fils : elle leur donnera cette vie, celle que nous voyons aujourd’hui resplendir en Jésus : celle que l’Eglise même a reçu du côté transpercé du Seigneur, celle des fils qui savent se perdre eux-mêmes dans l’amour. Ces fils nouveaux seront revêtus d’un vêtement blanc, tout comme celui de Jésus sur le Tabor. 

Pierre, devant ce qui se produit sous ses yeux, ne comprend bien que cela : que c’est bon (Mc 9,5) et il exprime, par conséquent, le désir de rester là, de s’arrêter là. 

La façon d’y rester, cependant, n’est pas de faire trois tentes. La voie est indiquée par le Père : « écoutez-le ! » (Mc 9,7). 

« Écoutez-le ! » est la prophétie qui promettait à Israël un nouveau Moïse (Dt 18,5). L’écouter, lui seul (Mc 9,8), le Seigneur, est la voie de la nouvelle libération, de la Pâque nouvelle et irrévocable. 

+Pierbattista