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Méditation du Patriarche Pizzaballa: V Dimanche de Carême, année C

7 avril 2019 

V Dimanche de Carême, année C 

Dans le passage de l’Evangile d’aujourd’hui (Jn 8,1-11), nous voyons Jésus dans le temple de Jérusalem, qui enseigne à la foule venue à lui. 

Il siège comme un maître, et cette posture particulière renvoie à Moïse qui, du matin jusqu’au soir, siégeait dans le campement pour résoudre les questions et tensions qui émergeaient parmi le peuple (Ex 18,13ss). Les gens allaient à lui pour « consulter Dieu », pour connaitre ses décrets et ses lois (Ex 18,16). 

Et dans l’Evangile d’aujourd’hui nous trouvons également un groupe de personne qui vient à Jésus avec une question liée à la Loi. Ils ont surpris une femme en situation d’adultère et savent très bien que la Loi prescrit de la lapider. Ils vont à Jésus, non pour savoir ce que dit la Loi à ce propos, mais plutôt pour lui montrer qu’ils la connaissent très bien. 

L’évangéliste nous informe qu’ils ne viennent pas à Jésus pour résoudre un problème (comme le faisaient les israélites dans le désert avec Moïse), mais pour le mettre à l’épreuve et pouvoir l’accuser (Jn 8,6). En accusant la femme c’est Jésus qu’ils veulent, en réalité, accuser. 

La première chose que nous pouvons remarquer est la distance que les accusateurs prennent avec cette femme. Comme s’il s’agissait de quelqu’un qui en aucune manière ne concerne leurs propres vies. Ils la placent au milieu (Jn 8,3), l’exposent au jugement de tous, puis énoncent sa peine et le désignent avec dédain comme une de « ces femmes là » (Jn 8,5), et cela toujours devant tout le monde. 

Comme cela arrive souvent chez ceux qui se considèrent du coté de la vérité, leur comportement se montre insistant (Jn 8,7). Ainsi, lorsque Jésus semble ne pas les écouter, ils ne s’avouent pas vaincus et continuent à le solliciter. 

Ils se tiennent loin de cette femme car ils se sentent loin du péché et du mal. Le péché semble être uniquement celui de cette femme, et celle-ci semble se résumer à son péché. 

Jésus commence par annuler la distance entre cette femme et ses accusateurs. Il retire la femme du centre où elle se trouvait seule avec son péché, et la place avec lui et avec tous les autres : « celui d’entre vous… » (Jn 8,7). L’invitation de Jésus est celle de reconnaitre que le même péché qui habite cette femme, habite en réalité chacun d’eux. C’est une invitation à considérer cette femme non plus comme une étrangère, une personne différente que je peux accuser sans me mouiller, mais bien à me reconnaitre en elle, à considérer mon reflet chez elle. 

Il s’agit de reconnaitre que tout homme est également pécheur devant Dieu. Et que Lui seul peut être juge du cœur de l’homme. 

Jésus, au cœur de ce dialogue, reste assis ou plutôt incliné à écrire sur le sol. 

Ce geste est tout à fait étrange et nous pouvons y voir deux aspects. Alors que le regard inquisiteur des accusateurs se trouvait fixé sur Jésus et sur cette femme, Jésus ne renvoie pas de regard en réponse. 

Puis il écrit par terre. Ce qu’il trace sur la poussière du sol ne restera pas longtemps. Voilà donc la mémoire qu’a Dieu de nos péchés. Ils sont comme quelque chose écrit sur le sol, qui disparaît au premier coup de vent. 

C’est à partir de là que Jésus se relève, seul, pour parler avec la femme à qui personne n’avait encore adressé la parole. Il lui pose deux questions qui ont le goût d’une libération : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » (Jn 8,10) . 

Il ne lui demande rien à propos de son péché, de ce qu’elle a fait, il ne lui fait aucune remontrance et ne regarde pas vers le passé. Son regard se tourne vers ce qui vient et se porte ce qui adviendra « désormais » (Jn 8,11). 

La rencontre de Jésus est un véritable tournant pour tous. 

Les accusateurs ne pourront désormais plus accuser personne sans se rappeler d’être également complices du mal qu’ils voient dans l’autre. La femme qui semblait ne plus avoir de futur est désormais plongée dans une vie entièrement renouvelée. 

Car le futur naît de la rencontre avec un homme qui l’a regardée avec miséricorde, avec un regard qui a transformé sa vie. 

L’évangéliste ne dit rien des sentiments de la femme et de son éventuelle repentance. Le pardon du Seigneur lui est donné absolument gratuitement, sans mérite, et avant toute conversion. Mais c’est justement cette expérience qui peut véritablement transformer le cœur et offrir une réelle possibilité de sentir le poids de son propre péché. C’est alors qu’il devient possible de commencer une nouvelle vie, dans laquelle nous pouvons essayer de redonner l’amour que nous avons reçu. 

+Pierbattista