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Méditation du Patriarche Pizzaballa : XX Dimanche du Temps Ordinaire, année B

19 août 2018 

XX Dimanche du Temps Ordinaire, année B 

En poursuivant la lecture du chapitre 6 de l’Évangile de Jean, nous abordons le cœur de cette révélation où Jésus parle de lui-même comme d’un aliment qui est nourriture pour une vie qui surpasse la vie terrestre ou biologique. Et au fur et à mesure que nous avançons dans son discours, les paroles de Jésus deviennent de plus en plus scandaleuses et « rudes » (Jn 6,60). 

Face aux objections des Israélites (Jn 6,52), agacé par la « corporéité » de leurs allégations (Jn 6,52), Jésus non seulement ne ramollit pas le discours, mais semble vouloir le rendre encore plus concret et provocateur. 

Comme pour dire que tout ceci est le goulot d’étranglement par lequel il faut passer pour devenir croyant. Nous avons là un passage qu’il est nécessaire de comprendre : Jésus dit que manger ce pain n’est pas tant une possibilité que la condition sans laquelle il n’est pas possible d’avoir la vie : « si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. »(Jn 6,53) 

En réalité, la réaction des Israélites est également la nôtre, celle du vieil homme, de l’homme religieux, qui n’a pas encore compris le sens du pain. 

La tentation de tous est de ne penser à Dieu qu’en termes « spirituels », abstraits et en quelque sorte éloignés de la vie. Mais la nouveauté du christianisme est le scandale de l’Incarnation, c’est à dire le fait que le Fils de Dieu se fasse chair. Et cela est déjà difficile à comprendre. Mais ce qu’il y a de plus difficile encore à accepter pour nous, c’est de comprendre que ce n’est qu’en faisant nôtre la chair du Fils de Dieu que nous devenons vraiment spirituels. Non pas en en faisant abstraction dans notre vie, mais en l’assumant pleinement jusqu’au bout, comme le Seigneur l’a fait. 

Nous sommes trop habitués à penser que le monde de Dieu et notre monde sont loin et en quelque sorte inconciliables : les paroles de Jésus sont scandaleuses parce qu’elles affirment le contraire, en allant jusqu’à dire qu’il n’y a pas d’accès à Dieu, sauf en passant par le monde de la chair. Par conséquent, non seulement la chair n’est pas un obstacle à la rencontre avec Dieu : au contraire, c’est le lieu nécessaire pour entrer en communion avec Lui. 

Le scandale, dans le passage d’aujourd’hui, se radicalise pour deux raisons. 

La première est que le terme utilisé par l’évangéliste Jean pour « manger » a quelque chose de brutal et signifie littéralement mâcher, broyer : c’est le verbe utilisé pour parler de la consommation d’animaux ! 

Nous pouvons observer la récurrence de ce terme dans l’Evangile de Jean pour mieux comprendre son utilisation : elle apparaît quatre fois ici (v. 54.56.57.58), puis seulement plus tard, au cours de la dernière Cène (13,18) et nous rappelle donc la Pâques. Cette expression lie ainsi le discours de Jésus sur le pain dans son accomplissement, l’Eucharistie. Et cela le lie étroitement au sacrifice de Jésus sur la croix, car c’est là que le corps du Christ sera déchiqueté et dévoré, et ce n’est qu’ainsi qu’il deviendra le vrai pain pour la vie de tous. 

La deuxième raison est qu’en plus de manger sa chair – et c’est déjà quelque chose d’impensable -, Jésus ajoute dans ces versets, qu’il faut aussi boire son sang ! 

Pour ceux qui entendaient ces paroles, cela était tout simplement inacceptable, parce que la Torah interdit catégoriquement de boire le sang d’un être vivant, parce que le sang est sa vie : un tel acte pourrait amener celui qui le commettrait à être éliminé par le peuple (Lév 17, 10-11). A l’inverse, Jésus affirme ici le contraire : seuls ceux qui le boivent ont la vie, seuls ceux qui le boivent ne meurent pas ! 

Le saut à faire est donc énorme : et c’est le saut pour croire que le salut est vraiment donné à l’homme en ce qu’il peut réellement recevoir la vie éternelle dès ici-bas. L’homme est appelé à cette grande vocation, celle de porter en lui-même, dans sa propre chair, la vie même de Dieu : l’homme est capable de Dieu. 

Jean utilise ici un verbe – « demeurer » (Jn 6,56) – anticipant le discours que Jésus prononcera à la dernière Cène, rapporté dans le chapitre 15 : il anticipe en donnant la clé, parce que le fait pour Jésus de demeurer en ses disciples et pour les disciples de demeurer en Lui ne sera possible qu’à partir de cette communion de chair, de vie, en mangeant et en assimilant la vie de Dieu qui se fait pain. 

Et si cela ne suffisait pas, Jésus ajoute que dans cette communion ne se reflète rien de moins que la communion d’amour qui existe entre Jésus et le Père (Jn 6,57), leur vie l’un pour l’autre et l’un de l’autre : c’est cette vie qui nous est donnée à manger. 

+Pierbattista