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Méditation du Patriarche Pizzaballa : XXXI Dimanche du Temps Ordinaire, année B

4 novembre 2018 

31ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B 

Dimanche dernier, nous avions vu Jésus à l’entrée de Jéricho où Il rencontrait et guérissait Bartimée qui, ensuite, le suivait le long de la route (Mc 10,46-52). 

Le contexte du passage d’aujourd’hui est tout à fait différent. La montée de Jésus à Jérusalem est faite, Il a fait son entrée solennelle dans la ville sainte et est entré dans le temple (Mc 11,1-11). Là Il rencontre différents groupes de scribes, de pharisiens, d’anciens, de sadducéens, d’hérodiens, qui tous lui posent des questions qui débouchent sur des discussions. 

Celle que nous entendons aujourd’hui est la troisième de ces diatribes. Elle naît de la question d’un scribe qui, à la différence des autres interlocuteurs, semble être un homme de bonne foi. Il ne semble pas s’approcher de Jésus pour le mettre en difficulté mais pour échanger avec lui. C’est un homme en écoute. 

La question qu’il pose à Jésus est une demande fondamentale. Et cette rencontre nous rappelle de près celle que nous avions vue il y a quelques semaines, entre Jésus et le jeune homme riche. Ce dernier cherchait l’essentiel de la Loi, l’essentiel de la vie (Mc 10,17-22). Et la demande d’aujourd’hui est bien de cette même teneur : parmi les multiples éléments qui forment l’univers religieux, qui regardent notre relation avec Dieu, quel est le plus important ? Quel est le point essentiel sans lequel il est impossible de dire que nous avons rencontré le Seigneur ? 

La réponse de Jésus est directe et simple, tout comme est directe et simple la question posée. 

Avant toute chose, Jésus n’invente rien de nouveau. Il cite simplement l’Ecriture, car la réponse à cette question sur la vie s’y trouve déjà. Cette réponse n’a pas à être inventée. Nous ne la fabriquons pas nous-mêmes. Elle doit être reconnue. Et Jésus aussi la reçoit du Père. 

C’est justement pour cette raison que la première attitude est l’écoute. 

Jésus cite la prière juive fondamentale : le Sehma’ (Dt 6,4). Et Il la place véritablement à la base d’une authentique relation avec Dieu. Autrement dit, il n’est pas possible de vivre une expérience de Dieu, pas possible d’avoir une vie authentique en plénitude, sans l’écoute. L’écoute est la porte sans laquelle il est impossible d’entrer dans la maison. C’est le fondement de la suite du Christ. 

Ecouter signifie justement se penser en relation et s’ouvrir à l’autre. C’est sortir de sa propre attitude individualiste, de sa propre mentalité réduite et entrer dans l’optique de ce qui me sauve et qui ne peut que m’être donné par un autre. Écouter, c’est donner la primauté à quelqu’un d’autre qui n’est pas moi. Écouter, c’est accueillir le don que je n’ai pas et qui me manque pour vivre. C’est pourquoi l’homme vit de ce qu’il écoute. 

Écouter est donc déjà une attitude de foi. Si nous écoutons, alors nous découvrons qu’une seule chose est nécessaire. Nous découvrons que le Seigneur est un, qu’Il est unique et que nous pouvons lui confier notre propre vie. 

Mais revenons au jeune homme riche rencontré lors du dernier morceau de chemin de Jésus vers Jérusalem. Il était venu à la rencontre de Jésus en l’appelant « bon » (Mc 10,17). Mais il était ensuite parti tout triste car il avait de grands « biens » (Mc 10,22). C’est là que se trouve justement le problème de la foi : il s’agit de reconnaitre, non seulement que Dieu est bon, mais qu’Il est l’unique bon (Mc 10,18), l’unique bien. C’est seulement à cette condition que nous pouvons nous mettre à le suivre. 

Mais qu’est ce que nous écoutons ? Qu’est ce Dieu dit ? Dieu, qui est un, dit au fond une seule chose : la vie est d’aimer. Il dit que le rapport avec Lui ne consiste à ne faire rien d’autre que d’aimer. Il ne s’agit pas d’un service, d’un devoir ou de sacrifices : il ne s’agit de rien d’autre que d’aimer. 

Jésus cite deux passages de l’Ancien Testament, l’un regardant l’amour pour Dieu et l’autre l’amour du prochain. Dans la Bible ce sont deux passages assez éloignés l’un de l’autre. Le premier se trouve dans le livre du Deuteronome (6,4-5), le second dans le Lévitique (19,18). Jésus, en les mettant côte à côte, fait une opération interessante. 

En effet, Il dit bien que Dieu est unique, mais que ceci ne suffit pas à l’aimer. Le scribe lui avait demandé le premier des commandements, mais Jésus lui répond qu’il ne peut pas être ce premier sans le second. Voilà en quoi consiste la manière véritable d’aimer Dieu, de l’honorer : c’est d’aimer les frères. 

Mais il dit également qu’il n’est pas possible d’aimer le prochain si, avant cela, nous n’aimons pas Dieu et si nous ne le faisons pas avec tout ce que nous sommes. Ceci est la vérité profonde de notre foi. 

Le scribe semble désormais d’accord avec les paroles de Jésus. Mais cela ne suffit pas. En effet, Jésus lui fait des éloges, mais Il lui dit qu’il lui manque encore quelque chose. Il n’est pas loin du Royaume, mais il n’est pas encore dedans. Qu’est ce qu’il manque ? 

Il lui manque d’y entrer et de faire ce qui avait été proposé au jeune homme riche : tout laisser pour suivre l’unique bien. Car il ne suffit pas d’avoir compris : nous comprenons d’ailleurs beaucoup de choses, et ce n’est pas pour autant que la vie change. 

En revanche, elle change lorsque nous obéissons à ce que nous reconnaissons comme l’unique chose nécessaire ; c’est-à-dire lorsque nous aimons. 

+ Pierbattista