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Méditation du Patriarche Pizzaballa: III Dimanche de l’Avent, année B

17 décembre 2017 

III Dimanche de l’Avent, année B 

L’Evangile que nous écoutons aujourd’hui est structuré en deux parties distinctes : les trois premiers versets sont issus du Prologue solennel de Saint Jean (Jn 1, 6-8), alors que par la suite, l’Evangile continue par la partie narrative qui suit immédiatement le Prologue (Jn 1, 19-18). 

Dans la première partie, c’est l’évangéliste qui introduit le personnage de Jean le Baptiste ; dans la deuxième partie, c’est lui-même qui se présente, pressé par les questions des émissaires envoyés de Jérusalem (Jn 1,19) venus pour savoir qui est cet homme qui éveille l’attente d’Israël,  et a rouvert la voie du désert. 

L’évangéliste dit quatre choses essentielles au sujet du Baptiste : le nom – « Jean » -, sa provenance – « envoyé par Dieu » -, la mission – «Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière » – et enfin, de la mission – « afin que tous croient par lui ». 

Un fil directeur est donné à la mission : le terme témoin/témoignage dans les deux versets  (Jn 1, 7-8) est répété à trois reprises. 

Le Baptiste est le premier témoin de Jésus, dans un Evangile où le concept de témoignage est fondamental. Il suffit de voir le nombre de fois où ce terme revient (plus de quarante fois) pour se rendre compte que la figure du témoin est importante. 

Nous pouvons penser l’Evangile de Jean comme à un long chemin au cours duquel on peut mieux connaître pas après pas, l’identité de Jésus et lors du déroulement de ce chemin, on écoute des témoins (à Cana, la Samaritaine, l’aveugle de naissance et tant d’autres). 

Les principaux témoins sont au nombre de deux : le premier est précisément le Baptiste alors que le second est le disciple bien aimé. 

Et tous deux font la même chose : ils témoignent de la relation de Jésus avec le Père, Sa venue de Dieu et son retour à Lui. 

Ils le font pour une unique raison : tout comme pour le Baptiste, mais aussi pour le disciple bien aimé, il est écrit que son témoignage a une seule finalité, celle de la foi des disciples. Au chapitre 19, après la mort de Jésus, lorsque les soldats lui ouvrent le côté et qu’il en sort de l’eau et du sang, l’évangéliste peut affirmer : « Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez » (Jn 19, 35). 

La finalité du témoignage est la foi, de sorte que tous ceux qui croient aient la vie et le Salut. 

Qui donc est le témoin ? Dans la pratique juridique, le témoin est celui qui a vu en premier. Ce n’est pas seulement celui qui a entendu dire mais celui qui était présent, qui connaît les choses pour les avoir vues. 

En effet, un peu plus loin des versets que nous avons lus aujourd’hui, le baptiste dira avoir vu avec ses propres yeux : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu » (Jn 1, 32-34). 

À ce point, nous pouvons dire que le témoin n’est pas seulement celui qui a vu mais aussi celui qui a cru en premier : il a écouté la Parole du Père qui l’a envoyé, et il a reconnu que cet événement s’est réalisé dans la personne de Jésus. Et il a cru en lui. Nous voyons dans la seconde partie de l’Évangile d’aujourd’hui comment la vie du Baptiste est un témoignage, là où il se présente lui-même. 

Jean se présente avant tout en niant être celui que les autres attendaient qu’il fût : il dit n’être ni le Christ, ni Elie, ni le prophète (Jn 1, 20-21). 

Les autres évangélistes l’identifient au contraire avec le prophète Elie, ou en tout cas avec ce prophète qui viendrait immédiatement avant le Messie pour indiquer sa venue imminente, rappelant la conviction de ce temps, basée sur l’Ancien Testament (Mal 3, 23). 

Il est dès alors normal que les émissaires soient pressants : « Qui es-tu ? » (Jn 1,22). Mais cette fois,  le Baptiste est très précis et exhaustif. Pour parler de lui, Jean rapporte simplement une citation de l’Ancien Testament : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » (Jn 1, 23). Le Baptiste nous donne deux indications. 

Tout d’abord, il semble que pour le Baptiste, il ne soit pas important de s’attarder sur lui. Ce qui est important pour le Baptiste est qu’ « au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 26). 

Il est vrai qu’il y a une personne à connaître mais ce n’est pas le Baptiste : lui sert seulement à indiquer qui est celui qui va venir. Jean a clarifié le fait que c’est seulement en n’attirant pas l’attention sur lui-même, qu’il peut tourner cette attention vers Celui qui est vraiment attendu; et c’est seulement en s’effaçant qu’il accomplira sa mission et témoignera de la présence du Messie parmi les hommes. Plus tard, il dira explicitement: « Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue ». (Jn 3, 30). 

La seconde indication concerne la citation d’Isaïe. Peut-être n’est-il pas important de s’arrêter sur le fait que le Baptiste s’identifie avec une voix, mais plutôt du fait que, pour parler de lui-même, il ne trouve que les paroles dites par Dieu à travers un prophète. Là encore, l’attention ne s’arrête pas sur lui, comme si le Baptiste était conscient de ne n’avoir rien de nouveau ou de différent à dire, sinon cette Parole, annoncée depuis longtemps et qui se réalise. 

Et quelle est cette Parole ? Parmi les fois où Jean pouvait choisir de s’identifier, on en trouve une au début du chapitre 40 d’Isaïe.  Ce n’est pas un hasard si c’est par ce chapitre que commence le grand Livre de la Consolation, celui qui annonce la fin de l’esclavage et le commencement d’un temps nouveau. 

Ainsi, dit Jean le Baptiste, je ne suis que le témoin de ce temps qui a commencé et la seule chose à faire, c’est de connaître Celui qui est déjà au milieu de vous, Celui pour lequel il n’y a plus de temps à perdre, car l’attente est finie. 

Aujourd’hui, le Baptiste nous demande avec force de revenir à l’essentiel, à ce « commencement »  dont Marc parlait dimanche dernier (Mc 1,1) : perdre tout le superflu pour retenir l’attention sur la présence du Seigneur qui opère déjà dans l’Eglise et dans le monde. 

C’est un appel fort que fait le Baptiste, lui qui semble connaître notre tendance à nous arrêter sur les détails et à perdre de vue l’essentiel. 

L’Avent devient alors, pour chacun d’entre nous, le temps, où redécouvrir l’essentiel de la vie et de la foi. 

+Pierbattista