24 décembre 2017
IV Dimanche de l’Avent, année B
Dans les jours qui précèdent le début de l’Avent, la Liturgie nous a fait lire, comme première lecture de la Messe, le prophète Daniel. Une phrase du prophète Daniel peut nous aider à entrer dans le grand mystère qui est raconté dans le passage d’évangile d’aujourd’hui, l’Annonciation (Lc 1, 26-38).
Le chapitre 2 du Livre de Daniel raconte un songe fait par Nabuchodonosor où le roi voit une grande statue, à l’aspect terrifiant, construite de divers matériaux. À un moment du rêve, une petite pierre se détache de la montagne et vient frapper les pieds de la statue qui est alors pulvérisée.
La Parole précise que cette petite pierre se détache de la montagne « sans qu’on y ait touché » (Dn 2, 34). Peu après, lorsque le prophète interprète au roi la vision, Daniel souligne la même chose : la pierre s’est détachée « sans qu’on y ait touché » (Dn 2, 45).
Il se produit aussi chez Marie quelque chose de nouveau et de grand, sans intervention humaine. C’est Dieu Lui-même, en fait, qui intervient dans l’histoire, dans la vie de cette humble jeune fille de Nazareth, pour accomplir une chose nouvelle : une nouvelle alliance, une nouvelle merveille, un nouveau salut, qui est la présence même de Dieu au milieu de nous, qui prend notre chair et vient habiter au milieu de nous.
Avant le péché, la vie de l’homme consistait à laisser Dieu librement intervenir dans son histoire, Lui, le Seigneur et l’auteur de la vie. Le péché est venu, au contraire, saper cette dynamique, et l’homme a choisi de gérer lui-même sa propre existence, sans l’intervention de la main de Dieu : c’est tout le contraire de ce qu’était le désir de Dieu.
Mais ce que l’homme fait par lui-même s’écroule tôt ou tard, comme la statue du songe de Nabucodonosor. Ce qui vient de Dieu demeure pour toujours.
La nouveauté est le salut et il ne peut en être autrement : que Dieu intervienne de nouveau et que l’homme, de nouveau, le laisse faire.
Tout l’Ancien Testament n’était rien d’autre que la recherche et l’attente de cet évènement : l’homme construit un temple, puis il attend et il prie que le Seigneur, vienne y habiter de son initiative.
Mais dans la Vierge Marie, Dieu fait bien plus : Il vient habiter dans un temple qui n’a pas été fait de mains d’homme, dans ce temple que nous sommes, qui est notre vie et notre corps. Et Il ne vient pas par une nuée ou par un signe pour manifester Sa présence : Il vient Lui-même, en personne.
En cela, Marie a un rôle important, qui n’est pas passif : nous pouvons dire qu’Elle nous laisse deux indications.
La première indication est le fait de croire, et croire précisément que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,37). Croire et faire croire que cette main invisible de Dieu est encore à l’œuvre et qu’elle arrive justement là où l’homme ne le peut : elle parvient à donner la vie dans le sein stérile d’Elisabeth (Lc 1,36), dans le sein de Marie qui ne connaît pas d’homme (Lc 1,34). Croire, c’est rester dans ce vide, sans faire par soi-même, sans chercher d’échappatoires.
Marie le fait en demandant et en cherchant, en dialoguant, en s’impliquant : Dieu fait sans l’intervention d’une main d’homme mais pas sans l’homme. Sa main s’arrête devant la liberté de Sa créature et Il lui demande la permission et Il n’entre qu’après que l’homme ait accepté : « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,37).
Pour résumer, croire, écouter, accueillir, avoir confiance et s’offrir.
La deuxième indication que nous apprenons de la Vierge Marie, également importante, est d’accepter d’entrer dans le temps de la gestation, dans le temps de la patience et du silence, de l’enfouissement et de l’attente.
Les choses de l’homme se font en un moment, les choses de Dieu ont besoin de temps et se font petit à petit : car ce qui est nouveau naît et nécessite une longue gestation.
L’homme consume son temps avec avidité alors que le temps de Dieu se déploie sur de longues distances : il creuse en profondeur et établit des fondations profondes. C’est le temps de toutes les saisons nécessaires pour que les semailles portent du fruit.
Nous pouvons penser que la grossesse de Marie s’est aussi nourrie de patience, de foi, de silence, d’écoute, de prières, de cheminement. Elle a porté Marie à voir et à reconnaître, à l’intérieur d’elle-même, les lieux et les évènements où la main même de Dieu a fait quelque chose de nouveau : en la cousine Elisabeth (Lc 1, 39-45), en son époux, Joseph (Mt 1, 18-25).
Nous pouvons penser que l’Evangile de l’Annonciation est un Evangile lointain dans notre vie, trop grand pour la petite vie de chacun d’entre nous. Mais il n’en est rien ! La dynamique de cet évènement, la dynamique d’un Dieu qui désire intervenir dans la vie de l’homme et demande simplement qu’il se laisse faire, sans créer trop d’obstacles, est la dynamique de la foi, de notre relation quotidienne avec Dieu.
Lorsque cela se produit, la vie reprend, comme celle de l’enfant conçut dans le sein de Marie, comme la vie née du sépulcre. Là aussi, la main de l’homme avait donné la mort et seule la main de Dieu pouvait redonner la vie. Tout cela s’est produit ainsi.
Au seuil de Noël, qu’il nous soit donné – mais pas par une main d’homme ! – la grâce de laisser se produire tout cela aussi en nous.
+ Pierbattista
