6 janvier 2019
Épiphanie, année C
Dimanche dernier nous avions vu la recherche de Jésus, qui restait à Jérusalem dans le temple pour aller à la source de la relation qui le fait vivre. Cette relation originelle est celle de laquelle il se sait avoir été engendré.
Aujourd’hui nous rencontrons une autre recherche, celle des Mages, qui se mettent en chemin depuis l’Orient et viennent à Jérusalem, guidés par une étoile (Mt 2,1-12).
Les mages cherchent avant tout la signification de ce qu’ils voient. Ils cherchent ce qui se trouve derrière les choses, ce qui est à l’origine de ce qui les attire.
Ils ont vu un phénomène naturel dans le ciel. C’était quelque chose de nouveau, de différent de ce qu’ils avaient déjà pu observer. Cet astre a donc piqué leur curiosité. C’était un signe qui leur disait que quelque chose de grand et de beau était arrivé. C’est cela qui les a mis en chemin. Ils ont sûrement dû se demander : où cet astre veut-il donc nous conduire ? Qu’est ce qu’il signifie ?
C’est, au fond, la même question que celle de Marie devant l’Ange lorsqu’elle « se demandait se que pouvait signifier cette salutation » (Lc 1,29). Marie se demande quel est le sens de cet événement et quel horizon il ouvre. Où conduira cette porte qui s’ouvre devant-elle ?
Il y a, dans le cœur de l’homme, ce désir de beauté, de vie, de quelque chose qui tranche avec le fil de la monotonie, qui soulève le voile qui couvre les visages, qui nous rende à notre dignité et à notre vocation.
Il nous faut quelque chose qui nous mette en chemin, et qui nous soutienne dans les fatigues de la route, qui nous aide à chercher et à trouver le moyen qui puisse nous porter au-delà de nous-mêmes.
Les mages sont partis suite à la vue de ce signe. Le signe se trouvait alors dans le ciel et il était donc pour tous. Cependant, ils sont les seuls à s’être mis en route. Ce qui fait la différence et qui permet de commencer un chemin, est la capacité à le voir et à l’accueillir. Il faut avoir un regard capable de lire la réalité comme étant le signe qui renvoie à l’autre. Et on a ce regard uniquement si on a un désir dans le cœur, celui d’aimer.
Il importe peu de savoir si on est loin. Nous pouvons en effet être proches, et même très proches, et ne jamais arriver à voir où le signe qui nous est apparu nous conduit.
Hérode, pour qui la réalité est muette, insignifiante et même menaçante, se chargera de la faire taire. Ainsi personne ne pourra entendre ou voir un autre roi que lui-même.
Lorsqu’on est incapable de perdre quelque chose, on ne peut pas partir, mais on reste agrippé pour défendre ses propres prérogatives et ses propres petits pouvoirs.
Mais cela ne signifie pas que les signes que Dieu met sur notre route ne puissent pas être des sources « dérangeantes ». Matthieu dit bien que toute Jérusalem fut bouleversée (Mt 2,3), comme le fut Marie lors de l’Annonciation.
Or il y a bien une différence entre ces deux « bouleversements »
Cette différence tient dans l’écoute de la Parole. Elle tient au fait de laisser la Parole nous pénétrer, y compris dans nos propres bouleversements. Marie écoute une parole qui lui dit de ne pas craindre, et elle s’ouvre au don. Hérode, au contraire, cherche la Parole mais ne désire pas l’écouter et encore moins se laisser illuminer. Il veut poursuivre ses propres projets de pouvoir, et cela conduit à la mort. Il ne cherche pas la signification de ce qu’il entend et encore moins Celui qui se trouve derrière cet événement.
Les mages, au contraire, illuminés par l’étoile et par la Parole, trouvent. Il trouvent Celui devant lequel il se prosternent. Celui qui est digne d’adoration (Mt 2,11).
Et puisqu’on ne se prosterne que devant Dieu et qu’on n’adore que Lui, les mages comprennent que Dieu est entièrement signifié dans cet enfant. Cet enfant est le signe, la présence de Dieu dans l’histoire. Ils comprennent que derrière tout cela, Il est bien là.
L’Epiphanie est la fête des signes avec lesquels Dieu se manifeste dans l’histoire. Et le signe par excellence est Jésus lui-même. Lui seul est capable de nous tirer de nos éloignements pour nous approcher de Lui. Il nous met en chemin, il nous « dérange » et nous sauve.
Jésus est un signe devant lequel nous pouvons nous prosterner, c’est-à-dire poser un geste de révérence et d’amour. Ce geste est celui d’une profonde reconnaissance de la part de celui qui a découvert et trouvé l’origine et le sens de la vie.
C’est pour cela que le chemin des mages est le chemin de tout homme, ou plutôt le chemin qui conduit à devenir véritablement humain.
+Pierbattista
