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Méditation du Patriarche Pizzaballa: Baptême de Jésus, année C

13 Janvier 2019 

Baptême de Jésus, année C 

L’Evangile de Luc n’insiste que très peu sur le Baptême de Jésus (il y fait seulement une allusion). En revanche, il met l’accent sur l’investiture de Jésus, avec la descente de l’Esprit Saint et la déclaration de Jésus comme Fils de Dieu. Cette investiture sera ensuite confirmée par le passage suivant avec la généalogie, qui le présente comme fils de David et de Abraham, mais qui remonte aussi jusqu’à Adam et même jusqu’au Dieu Créateur. Jésus, dans l’Evangile de Luc, est solidaire de toute l’humanité depuis le commencement. 

La première partie de l’Evangile d’aujourd’hui (Lc 3,15-16.21-22) nous présente, une nouvelle fois, Jean le Baptiste. C’est lui qui prépare le peuple à la venue du Messie, un autre que lui et non pas lui-même, comme le peuple le pensait alors (15). 

Mais ce même Jésus a besoin de se préparer à la mission qui lui a été confiée par le Père. Ainsi dans notre passage évangélique de ce jour, Luc présente la vocation divine de Jésus, son investiture par l’Esprit Saint, son statut de Fils de Dieu et sa solidarité avec le projet de Dieu. Malgré cette investiture solennelle de la part de Dieu, le Fils semble avoir besoin de discerner la volonté du Père, et se conformer à elle pour demeurer dans une juste relation avec Lui. 

Déjà dans l’Ancien Testament, nous avions un exemple de cette manière de se tenir devant Dieu. Dans le livre de la Genèse, que Paul reprendra dans la lettre aux romains (Rm 4,3), il est dit que lorsque Dieu promet à Abraham une descendance, celui-ci « eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste » (Gn 15,6). Cela signifie que Dieu retient la foi d’Abraham comme étant la juste manière de se tenir en relation avec Lui. Dieu déclare bonne cette manière d’être devant Lui. C’est la foi de celui qui a confiance en Dieu et connait l’incapacité réelle de ses forces personnelles. 

Abraham ne se fie pas de lui-même. Il ne place pas sa confiance dans ses propres capacités, dans sa propre observance, ni même dans sa propre fidélité. Il se confie en Dieu et cela plait au Seigneur. Et Il viendra justement au cœur de cette attitude d’Abraham. 

C’est pour cela qu’Abraham devient un modèle de croyant pour toutes les générations. Il devient le père de la foi, car il a trouvé cette manière de se tenir devant Dieu. Et cela plait à Dieu. 

Jésus aussi, au début de sa vie publique, avait choisi de quelle manière vivre sa propre appartenance au Père : être un homme parmi les hommes, dans leur quotidien. Tout en étant exempt du péché, il choisit de faire la file avec les pécheurs pour recevoir un baptême de pénitence de la part du Baptiste. Il a donc choisi de rester fidèle à la logique et au style de l’Incarnation. Il choisit d’être complètement Dieu tout en revêtant l’humanité. Le baptême est le choix de Jésus de ne pas être un homme fort, riche ou puissant mais d’être, comme tant d’autres, un homme simple qui veut avoir besoin de salut et de vie. C’est un homme simple qui attend la vie de Dieu. C’est bien pour cela qu’il a besoin de prier (Lc 3,21) : il s’agit de maintenir une relation continuelle et intime avec Dieu. 

Ce choix, tel qu’il nous est rapporté dans l’Evangile de Luc, revêt deux aspects. 

Le premier, que nous avons déjà entrevu, est la descente de la plénitude de l’Esprit Saint (Lc 3,22), la plénitude de la vie divine. Le Ciel s’ouvre (Lc 3,21) et toute séparation se trouve dépassée, y compris celle entre Dieu et les hommes. La vie divine n’est plus réservée à Dieu, ni même à quelques personnes particulières qui se distingueraient par des prérogatives spéciales. Cette vie est offerte à tous. Et en Jésus elle descend sur l’humanité qui vit simplement sa vocation à être fille de Dieu. Cette vie est donnée à l’homme qui se sent frère des autres hommes. Alors l’humanité ne peut être rabaissée ou considérée comme loin de Dieu. L’humanité devient le lieu dans lequel la divinité se déverse, s’exprime et s’accomplit. 

Le second aspect est que le Père voit ce choix de Jésus et y trouve sa joie (Lc 3,22). 

De la même manière qu’Il avait trouvé juste l’attitude d’Abraham, Dieu retient juste celle de Jésus. Il se reconnaît en eux. Et il reconnaît que Jésus « interprète  » avec exactitude ce qu’est Son dessein, Son style. 

Car Dieu ne veut pas être un Dieu puissant, extraordinaire : Il veut être un Dieu qui aime et qui donne la vie. 

Il ne veut pas être un Dieu lointain qui se désintéresserait de l’homme. Au contraire, Il s’intéresse tellement à lui qu’Il fait sienne ses questions et sa propre vie. Et Il ne le fait pas simplement de l’extérieur, avec la pensée, mais avec sa propre chair. 

Il nous revient donc de nous émerveiller de cette joie de Dieu en nous, pour nous et par nous. Il se réjouit lorsque nous sommes fraternellement unis dans notre humanité et lorsque nous reconnaissons dans cette humanité blessée et rachetée, le don plus grand que Lui nous a fait. 

+Pierbattista