5 mai 2019
III dimanche de Pâques, année C
Après la Résurrection, le récit de l’Evangile d’aujourd’hui raconte une autre apparition du Seigneur à ses disciples. Nous sommes au chapitre 21 de l’Evangile selon Saint Jean et l’évangéliste précise que cette rencontre est la troisième (Jn 21,14).
Arrêtons-nous un instant sur cet élément : Jésus se révèle plusieurs fois et non une seule. Il vient et ensuite revient. Et à chaque fois il se révèle.
Ce n’est pas un hasard si le passage de l’Evangile débute en précisant que Jésus se manifeste « encore » (Jn 21,1). Car chaque fois qu’il fait irruption dans notre vie, c’est toujours quelque chose de nouveau qui survient, une nouveauté qui nous est proposée. Toute rencontre avec le Seigneur est différente de ce que nous avons déjà pu expérimenter précédemment. C’est bien pour cela qu’il nous faut toujours être attentifs et vigilants, prêts à accueillir la manifestation toujours nouvelle du Seigneur.
Et si cela est vrai, alors une question survient immédiatement : comment le reconnaitre ? À quelles conditions son passage peut-il devenir une véritable rencontre, un principe nouveau pour notre vie ?
Le récit d’aujourd’hui nous offre quelques éléments de réponse.
Le premier élément provient de l’expérience de son absence. Car en effet, nous reconnaissons le Seigneur lorsque nous reconnaissons que sans lui nous ne pouvons rien faire.
Les disciples vont pêcher mais « cette nuit la, ils ne prirent rien » (Jn 21,3). Et ceci n’est pas un hasard. Il ne s’agit pas d’une nuit sans chance. C’est une question qui, en réalité, nous concerne de manière très profonde car elle dit la vérité de notre vie. Si nous ne sommes pas unis à lui, si il n’est pas présent dans notre vie, alors nous ne pouvons pas faire l’expérience de grand-chose à part celle di vide. Sans le Seigneur, nous n’avons rien à manger (Jn 21,5).
Et bien le Seigneur se révèle justement là. Et il le fait avec une promesse de vie « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez » (Jn 21,6). Le Ressuscité est le seul qui puisse faire et maintenir cette promesse de vie pleine et abondante parce qu’il est justement le Ressuscité, celui qui a vaincu la mort. Beaucoup peuvent promettre la vie, mais seul le Ressuscité peut véritablement la donner.
Et les disciples font cette expérience et partent d’elle pour le reconnaitre « C’est le Seigneur » (Jn 21,7)
Mais il y a un dernier élément à souligner. C’est un élément qui relie ce passage aux autres apparitions du Ressuscité racontées dans les Evangiles. À chaque fois que Jésus apparaît, il y a une parole, un geste qui ouvre le cœur des disciples, incrédules, dubitatifs, ou simplement incapables de le reconnaitre.
Il y a toujours quelque chose de familier qui touche le cœur et fait appel à la mémoire, qui ouvre les yeux. Pour Marie de Magdala c’était son propre nom prononcé par Jésus d’une manière telle qu’il lui donnera de reconnaitre le Maître (Jn 20,16). Pour les disciples d’Emmaüs, c’était le geste de la fraction du pain (Lc 24,31) qui, encore une fois, est un geste que Jésus avait fait plus d’une fois avec eux. Dans l’Evangile d’aujourd’hui c’est de nouveau le fait de manger ensemble (Jn 21,12), la commensalité avec le Christ. C’est par ce geste et en lui que les disciples deviennent capables de voir le Seigneur.
La seconde partie de l’Evangile d’aujourd’hui regarde la rencontre personnelle de Jésus avec Pierre (Jn 21,15-19). À la nouvelle manifestation du Seigneur correspond un nouvel appel pour l’apôtre. En réalité, dans l’Evangile selon Saint Jean, c’est seulement ici que Jésus invite Pierre à le suivre. Jésus a traversé la Pâques, et Pierre a fait l’expérience de son propre péché, de son incapacité totale à maintenir la promesse faite au Seigneur.
Il sait désormais que seul le Seigneur peut maintenir sa promesse de vie et que marcher à sa suite ne sera rien d’autre que de s’abandonner en lui. Comme dans l’Evangile d’aujourd’hui, il faudra se jeter à l’eau (Jn 21,7). Nous pourrions dire que cette action est, d’une certaine manière, comme le symbole du baptême de Pierre, son choix de suivre le Seigneur, qui provient de la force d’une union profonde avec sa mort et sa résurrection.
+ Pierbattista
