14 avril 2019
Dimanche des Rameaux, année C
Le récit de l’Evangile de Luc, qui rapporte l’entrée de Jésus à Jérusalem, comporte une singularité tout à fait particulière. En effet, la moitié du récit ne parle pas de Jésus qui entre dans la cité sainte, mais plutôt des préparatifs qui permettent, ensuite, d’y entrer.
Ainsi le protagoniste principal de la scène n’est pas tant Jésus mais plutôt le groupe des apôtres. Mais pourquoi donc l’évangéliste a-t-il fait ce choix ?
Il me semble que l’on puisse dire qu’avec ce choix, Luc parle déjà de l’Eglise qui vit après Pâques, et donc de nous.
Jésus, en entrant dans la ville de Jérusalem, disparaît en quelque sorte pour laisser place à l’Eglise qui se trouve ainsi envoyée pour annoncer à tous la Pâques de son Seigneur.
Tout ceci peut être déduit d’une série d’éléments.
Tout d’abord, Jésus envoie. C’est le verbe de la mission (Lc 19,29) que Luc a déjà employé (Lc 9,2 ; 10,1) lorsque Jésus envoie ses disciples parmi les gens pour porter à tous la bonne nouvelle du Règne qui vient.
Il envoie donc deux disciples, tout comme il avait envoyé les 72 disciples, deux à deux, au chapitre 10.
Et en les envoyant, Jésus les instruit, comme il l’avait fait auparavant. Les disciples devront donc suivre des indications, comme Jésus en avait déjà données lorsqu’ils avaient été envoyés une première fois. Ils devront ainsi avoir confiance en l’accomplissement de la Parole de leur maître.
Les disciples partent donc et trouvent tout comme Lui l’avait dit (Lc 19,32).
Pendant cette mission, qui est la vie de l’Eglise, il arrive que quelqu’un demande aux disciples les raisons de leur comportement (Lc 19,31.33). Et les disciples n’ont pas d’autre raison à donner que celle de l’obéissance à la Parole de leur Seigneur, qui vient au milieu de son peuple, comme un roi humble et pauvre.
Ils demandent tout simplement parce que le Seigneur en a besoin.
Cette parole – besoin – est également la parole clé de l’envoi en mission des disciples. Selon la Parole du Seigneur, ils devront aller parmi les gens comme des mendiants, sans rien apporter avec eux (9,3). Ils devront mettre totalement leur confiance en ceux qui les accueilleront. Et Jésus avait annoncé que, même si quelqu’un devait les refuser, alors ceci n’empêcherait pas le chemin des disciples, la route de la Parole de salut.
Ce qui arrive donc à partir de l’entrée à Jérusalem ne sera rien d’autre que l’accomplissement ultime de ce chemin humble et pauvre, d’abord de Jésus, puis de l’Eglise, au milieu des gens.
Il y a, bien sûr, ceux qui accueillent à la manière de la foule exultante le long des routes de Jérusalem (19,37). Mais il y aura également, comme nous l’avons entendu dans le récit de la Passion (Lc 19,37), ceux qui ne l’accueilleront pas.
Or Jésus vient apporter la paix pour les uns et pour les autres. Cela résonne aujourd’hui sur les lèvres de la foule des disciples : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » (Lc 19,38). La paix, c’est exactement ce que les disciples devaient annoncer en entrant dans les maisons : « Dans toute maison où vous entrerez dites d’abord « Paix à cette maison ! » (Lc 10,5).
Jésus annonce donc cette paix en entrant dans Jérusalem.
Et non seulement il l’annonce, mais il en paie le prix de sa vie. Cela sera la Gloire de Dieu qui s’accomplit pour l’homme.
L’Eglise devra donc seulement annoncer cette paix, acquise par le sang du Christ.
Et si quelqu’un voulait la faire taire (Lc 19,39), cette annonce résonnera de toute manière et trouvera d’autres routes pour arriver au cœur de l’homme. Même la mort ne réussira pas à la faire taire.
+ Pierbattista
