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Méditation du Patriarche Pizzaballa: V dimanche de Pâques, année A

14 mai 2017 

V dimanche de Pâques, année A

L’Evangile de ce dimanche est le début d’un long discours que Jésus fait à ses disciples, le soir de son dernier repas avec eux. Nous sommes aux premiers versets du Chapitre XIV ; le chapitre précédent raconte le geste du lavement des pieds et se termine avec l’annonce du reniement de Pierre, alors que l’ombre de la trahison de la part d’un des douze plane sur eux. En outre, Jésus a explicitement dit qu’il ne serait avec eux que peu de temps encore (Jn 13,33) : son heure est venue. 

Il n’est dès lors pas surprenant que Jésus doive réconforter les siens : en ce soir, ils ont seulement des motifs de découragement. 

Les paroles de Thomas et de Philippe font écho à cette tristesse et ils ne font que répéter toute la mesure de leur incompréhension : nous ne savons pas… comment pourrions-nous ? (Jn 14,5). Mais aussi : « montre-nous le Père » (Jn 14,8), comme pour exprimer leur perception brûlante du manque de ce qui est essentiel, de ce qui fait vivre. 

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Il réitère plusieurs fois l’invitation à avoir confiance : à avoir confiance dans le Père et en Lui-même (Jn 14,1.11). Les motifs de découragements ne manquent pas, et pourtant, Jésus invite à ne pas renoncer à croire en Lui. 

Mais pourquoi pouvons-nous avoir confiance ? 

Dimanche dernier, nous avons entendu Jésus se comparer à une porte et nous avons dit que la communication entre ces deux mondes, celui de l’homme et celui de Dieu, en Jésus, est de nouveau ouverte, de nouveau possible. 

Aujourd’hui, nous faisons un autre passage : nous pouvons avoir confiance car Jésus passe de ce monde au Père autrement dit, il ouvrira la porte. Et il n’ira pas seul : une fois qu’Il y sera allé, une fois la porte ouverte, Jésus reviendra et nous emmènera aussi là où Il est. 

Il y va seul car Lui seul peut vaincre la mort et vivre ce don total dans l’amour et l’obéissance qui réouvre la porte. Ensuite, il revient et ce retour devient chemin, il ouvre également pour nous le chemin, la voie. Lorsqu’il part et revient pour nous prendre avec Lui, Jésus devient la voie. 

Dans l’Evangile de Jean, nous trouvons plusieurs affirmations personnelles de Jésus : Jésus se définit eau, pain, vin, lumière, résurrection…etc. Chacune de ces affirmations d’identité est liée au contexte, aux personnes avec lesquelles Jésus parle. 

Ici, Jésus salue les siens, dans un moment où il pourrait être facile pour eux de succomber à la tentation de penser que tout est fini, que plus rien n’a de sens. 

Jésus nous dit au contraire que tout commence. Le fils de l’homme est glorifié et grâce à ce passage, s’ouvre pour l’homme un chemin. S’ouvre ainsi Le chemin, qui est vérité et vie. 

Il est important de conserver ensemble ces trois expressions : chemin, vérité et vie. 

Jésus n’est pas seulement la vie : s’Il était la vie mais que nous ne connaissions pas le chemin pour entrer en Lui, pour vivre de Lui, sa vie ne nous servirait à rien. 

S’Il était la vérité, s’il y avait quelque chose à connaitre, nous pourrions apprendre beaucoup de choses sur Dieu mais nous serions alors des personnes seules. 

Et s’Il était seulement le chemin, si la destination n’était pas la vie, nous serions toujours perdus, errants indéfiniment, épuisés. Et les nombreuses pièces de la maison du Père resteraient vides. 

Au contraire, Il est toutes ces choses à la fois. 

Il est la vie éternelle qui a vaincu la mort ; c’est pour cela que sa vie est vraie et correspond pleinement au dessein éternel de Dieu ; mais c’est aussi une possibilité, une liberté, un choix, un chemin : nous pouvons y marcher et y grandir. 

C’est pour cela que nous pouvons vraiment avoir confiance. 

Jésus laisse ainsi les siens mais Il ne le fait pas sans leur avoir auparavant révélé ce mystère, cette vérité par laquelle le chemin de la vie est offert : nous pouvons désormais nous mettre en chemin. 

Pour aller où ? 

Jésus n’accepte pas que nous allions ailleurs s’Il ne s’y trouve pas (Jn 17,24), c’est-à-dire avec le Père. 

C’est la place qu’Il nous prépare, nous offrant ainsi de vivre la même relation qu’avec son Père. 

C’est pour cela qu’il est vraiment important que Jésus dise : « Celui qui m’a vu a vu le Père.» (Jn 14,9). Nous sommes appelés à vivre là, où celui qui voit le Fils voit aussi le Père. 

Jésus est totalement cette relation avec le Père ; et il n’a pas d’autre amour et n’est rien d’autre que cet amour, qui est le plus grand dans sa vie. Ainsi, celui qui le regarde ne le voit pas seulement Lui car Lui renvoie vers le Père. Qui le voit ne peut le voir qu’en relation avec le Père. Jésus n’arrête pas à lui-même le regard de ses disciples mais Il les renvoie au-delà, à Celui qui est source de son être, car en regardant le Père, eux aussi peuvent se décider à vivre de cette façon, ils peuvent s’ouvrir à ce don. 

Ainsi, on peut être une seule chose dans l’amour : et c’est cela notre vocation. 

Et cet appel devient notre histoire si nous marchons en Christ, si nous le laissons être notre vie, que sa Pâque soit la route sur laquelle nous marchons. 

+ Pierbattista