3 novembre 2019
XXXI Dimanche du Temps Ordinaire, année C
Le voyage de Jésus à Jérusalem, qui touche maintenant à sa fin, a été parsemé de rencontres avec les personnes les plus diverses.
L’Évangile d’aujourd’hui (Lc 19,1-10) raconte aussi une rencontre qui est la dernière de cette série : Jésus est maintenant à Jéricho, dernière étape avant l’ascension vers la Ville Sainte, et la rencontre avec Zachée a lieu quand il traverse la ville.
Il peut être utile, pour nous aider à saisir quelque chose de cette rencontre, de l’associer en filigrane à une autre rencontre que Jésus a vécue, survenue peu avant. C’est celle faite avec les riches notables, que nous trouvons au chapitre 18, 18-23.
Les deux rencontres ont de nombreux points communs.
Dans les deux cas, il s’agit d’une personne aisée : le notable était très riche (Lc 18,23), tandis que Zachée est même désigné comme le « le chef des collecteurs d’impôts » et « comme quelqu’un de riche » (Lc 19,2).
Dans les deux cas, il y a une demande, un désir, une recherche : le notable interroge Jésus sur le thème de la vie éternelle (Lc 18,18), tandis que Zachée monte dans un arbre pour essayer de le voir (Lc 19,3-4).
Dans les deux cas, on rapporte un de leurs sentiments, mais cette fois, ils sont contraires : le notable devient « profondément triste » (Lc 18,23), tandis que Zachée est « plein de joie » (Lc 19,6).
Pourquoi ? Qu’est-il arrivé à Zachée que le riche notable, au contraire, n’a pas expérimenté ?
La différence réside dans le fait que Zachée fait l’expérience d’être recherché.
Tout d’abord, il fait tout pour voir Jésus : il court devant et, comme il est petit, il grimpe sur un sycomore (Lc 19,4). Mais ce n’est pas ce qui lui donne de la joie. La joie naît quand il découvre que le maître qu’il désire voir cherche à le voir à son tour. Et plus encore : il ne veut pas seulement le voir, mais aller avec lui, dans sa maison (Lc 19,5).
Jésus cherche Zachée de trois façons, qui toutes trois apparaissent dans le verset 5.
Tout d’abord il le regarde, puis il le considère, il l’accueille dans son propre regard. Jésus ne passe pas outre, sans s’arrêter pour prêter attention à cet homme que beaucoup méprisaient.
Puis il lui parle. Quelques versets plus tard, tout le monde parlera de lui, mais pas avec lui. Zachée était un homme à qui il n’était pas facile de parler, un homme tenu à distance. Jésus, au contraire, s’adresse directement à lui, surmontant toutes les barrières. Il lui adresse la parole et montre qu’il le connaît, il l’appelle par son nom.
Si pour les autres il est pécheur (Lc 19,7), pour Jésus il est Zachée, et c’est un fils d’Abraham (Lc 19,9) et donc un héritier d’une promesse qui se fait par grâce.
Enfin, il entre dans sa maison, c’est-à-dire qu’il partage sa vie, crée de l’intimité, devient son ami.
Eh bien, sans cette expérience d’être recherché, la vie de foi se réduit à un effort solitaire et stérile, qui engendre cette tristesse que nous avons vue chez le riche notable, pour qui quitter sa propre richesse n’est qu’un devoir auquel il faut obéir à contrecœur pour se sentir en règle.
Ce n’est pas le cas pour Zachée, où il n’y a pas de moralisme.
Jésus ne lui demande pas d’arrêter de voler, de distribuer ses biens aux pauvres ; le changement de vie est le désir, l’urgence qui surgit spontanément en Zachée quand il se sent vu, connu, appelé, considéré digne d’accepter le don de la présence de Jésus, qui s’offre à lui gratuitement.
Et c’est pour cette raison qu’il se fait avec joie et qu’il génère de la joie.
C’est cette expérience de joie et d’intimité avec le Seigneur, dans une parole de salut, qui produira en Zachée le désir de changer de vie : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus ». Jésus lui répondit : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19, 8-9).
+Pierbattista
