10 novembre 2019
XXXII Dimanche du temps ordinaire, année C
Le passage d’Evangile que nous offre la liturgie de ce dimanche (Lc 20, 27-38) se situe dans un contexte différent de celui de dimanche dernier.
Si jusqu’à présent, nous avons en effet suivi Jésus sur le chemin de Jérusalem, aujourd’hui nous le voyons après son entrée dans la Ville Sainte. Dans ce chapitre 20 et dans le contexte du temple, l’évangéliste présente différentes diatribes entre Jésus et les scribes, les Pharisiens et, comme dans le cas présent, les Sadducéens. Ces discussions avec Jésus portent sur différents sujets, mais lorsqu’elles sont lues ensemble, elles nous aident à avoir une vision plus complète du passage d’aujourd’hui sur la Résurrection.
Tout commence par la discussion sur l’autorité de Jésus (v. 2) ; Jésus répond en parlant de Jean-Baptiste et de son rôle prophétique (v. 3-8) ; puis suit la parabole du maître de la vigne et des vignerons homicides (v. 9-19)), qui se réfère à Jésus, à sa venue à Jérusalem et à sa destinée mortelle, bien qu’il soit le plus grand prophète d’entre tous ; puis il y a la question de l’impôt à César (v. 20-26), car ce sera aux Romains que Jésus sera livré pour son exécution ; puis suit le passage sur la Résurrection (v. 27-40) avec la question sur le personnage de David. Le Messie – dit Jésus – sera le fils de David, mais aussi le Seigneur de David (v. 41-44).
Tous ces passages ont leur importance propre, bien sûr, mais lus ensemble, ils présentent brièvement l’histoire de Jésus, sa vie, sa mission, la mort à laquelle Il est destiné et sa résurrection. Ils sont une synthèse de tout l’Évangile : Jésus est oint comme le Messie par Jean-Baptiste. La parabole de la vigne représente le ministère de l’annonce de la Parole de Dieu, des prophètes d’abord et finalement de Jésus. Il proclame l’Evangile dans les villes de Galilée et enfin à Jérusalem, supplie les viticulteurs de l’accepter, mais ils le rejettent, invoquant ainsi le jugement sur eux-mêmes. Il est livré aux hommes de César pour exécution, et le troisième jour, il est ressuscité. Après la résurrection, les disciples comprennent que Jésus n’est pas seulement le fils de David, le Messie, mais aussi le Seigneur de David (44).
Dans ce contexte, nous comprenons que le passage sur la Résurrection anticipe ce que sera le destin de Jésus.
Les interlocuteurs de Jésus dans cette discussion sont des sadducéens (Lc 20,27). Jusqu’à présent, Jésus s’est surtout heurté aux Pharisiens, et avec eux le sujet des disputes était avant tout de nature morale, concernant l’interprétation et l’observance de la Loi.
Le dialogue avec les Sadducéens n’est pas tant de nature morale : les Sadducéens étaient un groupe appartenant à l’aristocratie qui ne se référait qu’à l’autorité du Pentateuque et rejetait toute la tradition orale des Pharisiens et leurs disputes.
Ils ne croyaient pas en la résurrection (Lc 20,27), leur question se veut donc une provocation et une banalisation de l’argument, pour affirmer que la résurrection n’a aucun sens et ne résout pas le drame de la vie.
Ne croyant pas à la Résurrection, ils racontent une histoire de mort, qui est aussi une histoire de douleur, où l’effort humain destiné à surmonter la mort est évidemment vain et inutile.
Dans sa réponse à leur provocation, Jésus dit surtout qu’il croit en la résurrection. Et il dit que croire en la Résurrection n’est pas le résultat de discussions philosophiques, mais jaillit de la simple observation d’être enfants de Dieu (Lc 20,36) : « car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection ».
Croire en la Résurrection, c’est donc croire, croire en un Père qui non seulement est bon, et n’abandonne pas par conséquent ses enfants, mais qui est aussi capable d’anéantir l’ennemi de la vie, qui est la mort.
Jésus dit aussi qu’il y a un autre mode de vie. La foi en la Résurrection donne la possibilité de vivre dorénavant une vie différente, dans laquelle le lien avec Dieu est la possibilité de rester libre de la peur de la mort. Parce que la mort est cet ennemi capable de rendre la vie triste, comme la vie de la femme dont parlent les sadducéens, une femme utilisée pour d’essayer d’enlever une partie de son pouvoir à la mort.
Cela, semble dire Jésus, n’est plus nécessaire, parce que ceux qui font confiance au Père restent en vie, et ne peuvent plus mourir (Lc 20,36), n’ont plus à essayer à tout prix d’assurer leur survie, mais ont un avant-goût de la vie éternelle.
Le lien avec Dieu est notre résurrection.
Il en sera de même pour Jésus, à l’heure où il est sur le point d’être mis à mort : Jésus vaincra la mort à cause de son lien avec le Père, à cause de son obéissance, à cause de sa confiance.
Si le manque de confiance conduit l’homme à chercher pour lui-même le chemin de la vie, et donc, paradoxalement, à s’éloigner du Père et à tomber dans la mort, la confiance en Lui maintient un lien avec Dieu qui est pour toujours, et qui est une garantie de vie. Est voué à la mort, tout ce qui n’est pas lié à Dieu, qui ne fait pas partie d’une relation avec Lui, et qui s’arrête à la nature, ou à la Loi. Ce n’est pas par hasard que les Sadducéens citent Moïse, et donc la Loi.
Mais la Loi est incapable de vaincre la mort et, comme dans le cas de la femme, elle peut seulement tenter de la contourner, d’une façon très maladroite.
Ceux qui au contraire confient et remettent leur vie à Dieu, comme Jésus sur la croix, ne peuvent plus mourir.
+Pierbattista
